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miércoles, 1 de julio de 2020

Fragments vers la destruction du sujet poétique L´identité et la folie

               
                                    Alberto Julián Pérez ©



Les antichambres se confondent
avec les miroirs,
le masque est sous le visage,
plus personne ne sait
qui est le vrai homme
et quelles sont ses idoles.
Et rien de tout cela n´a d'importance;
ce trouble est trivial et acceptable
comme les inventions du rêve.

Jorge Luis Borges
"Les traducteurs des 1001 nuits"





Prologue-confession


Les images des Rêves
sont fatiguées de m'attendre
dans un lieu hostile.
Cette histoire de mon Ego
s´est épuisée
avec un gémissement méconnaissable.
Les tyrannies de la Raison
veulent prévaloir
sur l'intuition des Désirs différés.
Banni de mes Instincts,
la Parole et blanche et vide
et sa pureté me dégoûte.
Mais la force de l'Amour
m'entraîne dans cette
Communication désespérée:
c' est un Besoin doux comme
le doux délire d'une ivresse
qui a honte d'elle-même,
parce que j'ai besoin
d'alcool ou de folie
pour dire ma Vérité.
Dans cette crise,
mon moral est la défense ultime
avant l'Avenir qui m'appelle.
Le Temps presse
et il me rend fiévreux
et je vois les instants desdoubles
dans les miroirs de l'agonie,
où l'Ennemi triomphant
s´arrache ses Masques un par un.
J'ai la certitude qu'il n'y a
fondamentalement aucun Sujet:
le Thème, avec le Sens
qui l'accompagne
est devenu impossible;
cette Confession
est mon dernier refuge
avant de tomber, annulé
par mon Imagination,
épuisé dans ma Création,
comme une mère
qui a accouché et qui voit qu'elle
a donné naissance à des démons.
La Logique me brouille
dans le piège de sa Vérité:
un homme ne peut pas
être son Identité
au-delà de son Rêve.
C’est précisément cette Identité
qui nous rend malades,
ce changement forcé de Pronoms
qui nous fait mal,
ce Désir de Déchiffrer
quelque chose,
ce que ces Pronoms veulent être
dans la Fantaisie tourmentée
de ceux qui désespèrent
de jour en jour
sans devenir ce qu'ils sont,
sans atteindre cet avenir
qui s'arrête au Présent
et les condamne
à la chambre du Temps,
incapables de trouver une sortie,
parce que toute cette Culture
s´est transformée
en un Labyrinthe
laborieux de Mots
où l'unique chose qu'on désire,
c'est la Mort.





Le cube bleu


Je pousse fort
le cube bleu d'un rêve

J'y entre
je me lève
bords sensuels
cristal intime

Je vois mon reflet
je suis différent
Je suis celui que je voudrais
Roi pour un rêve

Le désir est consommé
Satisfait
je dors
je rêve
rêve de rêve

Je mets ma tête entre mes genoux
Je dors dans mon élément
Je nage dans une eau sèche
Je respire des bulles de poussière

Voix. Non. Geste? À peine
Lenteur absorbée
Frémissement

Le cube commence à tourner
à une vitesse inhabituelle

Rêve:
Je prends mon petit déjeuner
dans une maison au bord d'une forêt
Dans la forêt il y a un monstre
Les femmes disent qu'elles s´y rendent
pour perdre leur pureté

Ma mère entre dans la forêt
- Où vas-tu maman?
- Tu rêvais depuis cent ans, fils;
allez, grandis!
- Je ne peux pas
- Prisonnier d´un rêve
- D'un rêve, de la peur, du désir

Je bois le café
pour le petit déjeuner
Je me nourris de mort
avec les mains liées
cheval prisonnier
Les cafards marchent dans la tasse
en mangeant le pain du rêve

Le temps passe,
mes cheveux poussent,
la peau s'estompe
Je suis un vieil homme,
le vieil homme
cherche l'innocence
et il boit le même café amer
encore et encore

Je ne peux pas    je n´ai pas pu  
Je ne pourrai pas

Ma mère revient de la forêt
pleine de lumière,
touche dorée, nue,
elle me surprend,
me reconnaît, a honte:
découvre qu'elle a donné naissance
à un homme qui est son père

Je meurs, le vieil homme meurt,
mon corps / son corps est corrompu
ma mère le serre dans ses bras

les vers dans mon corps sucent
la vie des membres sans défense,
impuissants, de ma mère,
qui ne se sépare pas de mon cadavre

Elle étend un bras, le laisse immobile
et une tige naît de sa main

Il sera difficile de boire mon café
si l´homme-enfant se réveille
on avale nos langues
et on s´étouffe petit à petit
comme le serpent qui se dévore

Les images tournent,
tournent dans le cube bleu
Autour, matériau de rêve  
Lumière du vent
Poussière ventrale fertilisée

Je me réveille 
Je sors du cube de l'espace calme 

Je suis l'autre    Celui que je suis   
Celui qui je ne veux pas
Celui que je cherche
est parti avec mon rêve
Rêver de mon être
n´est pas possible

Qui suis-je?  à peine  Ça
l'identité du vent
qui gonfle dans n'importe quel
cœur endormi

Si je ne suis pas,
comment puis-je mourir?
Pourquoi vieillis-je?

Quand le rêve qui vit en moi
ne m'aime pas
il me jette
hors de son royaume de mousse
et de grenades parfumées ouvertes
pénétrées par un éclat de soleil
semblable à la glace qui me traverse
lumière pour clous,
si fragile, si vain, si truqué
mais ... comment puis-je
l'accuser de moi-même?

Mon destin me suffit
pour ne pas arriver
et rester à mourir ici, entre tous
prisonnier de ce labyrinthe,
rose pour fruit

Quelle sera l'épée?
Quel sera le sang de la balance?
Pourquoi ma mort?

Ombre, silhouette, c'est moi, flou
Je couvre honteusement mon visage
avec mes mains
Je bois un baiser

Ai-je besoin d'un enfer?
D'un paradis? D'un ciel?
Le Bleu Cube est là

Voyage
Je rentre dedans pour changer ma vie
je reviens plus tard
Je vais et viens

Les mots ne portent pas
mais ils apportent
ce sont des limbes de paresse
ils indiquent le mauvais chemin
ils construisent un monde
qui n'est pas vrai
Nous vivons là
et nous nous trompons






Retour éternel 
 
            I
 
Un matin je me suis réveillé 
et le monde n'était plus 
ce qu'il était, les oiseaux 
n'étaient plus les oiseaux, 
l'air n'était plus l'air, naturel? 
Qui dirait! Magique? Non plus.
La magie ne devine pas la vie 
qui nourrit les épines.  
 
Un matin, tout était consommé 
et tout recommençait. 
L'histoire était la synthèse 
et le passé le futur, 
Œdipe s´est lié à sa mère 
pour toujours 
et les hommes 
ne cesseront jamais de s'aimer. 
Nous entendons 
le son final de l'apocalypse, 
le mot de toutes les langues, 
moitié lumière, 
moitié musique inimitable; 
avec lui, 
le monde, Dieu, 
la signification seront enterrés, 
mais sachez le tous: 
le monde renaîtra.

II

L'histoire nous submerge
par ses citations
et elle est présente
dans tous nos actes:
oublions les dates,
l'homme est son produit.

Apothéotique l'homme
avec ses signes mathématiques,
     ses figures géométriques,
ses rêves décimaux.
Énorme dans sa malédiction
cet animal fantastique,
l'homme,
un rêve commun
qui traverse l'histoire,
un rêve transmis
de génération en génération
comme un chant,
comme une musique,
un hymne.

        III

Floue la mémoire collective 
avec la précision du diamantaire 
qui relie les os du défunt 
avec des fils bénis et éternels, 
Dieu est mort! mais il est vivant, 
absolu l'Un, 
au commencement était la fin, 
et l'Homme, corde unique, 
vibration parcourue par une infinité 
d'âmes différentes mais une seule, 
appartenant au même lutte de sons 
pour conquérir 
l'air enflammé de lumière 
qui avance vers la nuit. 
 
Entre le début et la fin, 
il y a eu un rêve de mort, 
guerre, folie, consommation, destin; 
la passion - ils ont enseigné - se répète, 
elle naît et meurt toujours, 
et plus tard elle renait 
avec la même force. 
La passion c'est la vie. 
Un homme voulait 
avec sa panoplie de signes 
se raconter ce qui s'était passé 
et les signes se sont multipliés, 
l'homme est mort enterré. 
Il s´est réveillé 
comme un oiseau léger
capable de profiter 
de la lumière, d'un air pur, 
de trouver Dieu, le verbe unique, 
par sa simple foi 
d' animal sincère. 
Pensif ou éphémère, 
c´ était au milieu 
la fatalité du destin écrit: 
il devait trouver 
sa pierre de interrogations. 
Donc, le mythe enseigne. 
Le mythe est infini. 
Le mythe
est généré par l'histoire. 
Expliqué: systèmes métaphysiques, 
paraboles philosophiques.  
 
Cependant au début 
c'était le verbe; 
c'est ce que nous étions: 
un signe intelligent 
devant un Univers inutile. 
Que reste-t-il 
à la raison dévastée? 
L'ordre de la matière 
dans l'instinct, 
la passion de la fièvre, 
le rêve que j'ai fait 
que je réveillais d'un rêve 
et le monde n'était pas, 
n'avait pas été et ne serait pas, 
il est né juste là et il était clair: 
juste un point 
qui n'était pas un point 
mais le monde, 
l'éternité, l'histoire, 
tous les hommes; 
ce point était l'infini, 
l'origine de l'air, 
celle de la lumière, 
de l'oxygène enflammé, 
un temps voyageant 
chargé de sons 
comme un secret 
pour les générations inhabitables 
peut-être pour l´ amour. 
La mémoire nous lie 
et nous délie 
et nous avons besoin d´elle 
comme nous avons besoin 
de nous mêmes, 
aujourd'hui c'est hier, 
demain sera aujourd'hui 
et donc un jour Dieu sera mort 
et j'aurai grandi 
et je serai un homme
parmi les hommes 
et aimer sera bon.






Histoire des mots 


Dans ma bouche se balancent,
mon os,
les paroles, doux phonèmes,
les anciens et les miens, 
les sons utérins
qui poussent la clé du sens 
dans le signe rigide
qui s´ est perdu, âme verte, 
dans une mer de sait-tout et de soldats 
pleurant pour leur pain ensanglanté,
Facta est! Est
c´est le même être 
qui vivait dans la beauté, 
sans Dieu, mais heureux ... 
Et puis la langue paysanne ... 
se développant parmi les barbares 
qui ignorent
le plaisir que les dames 
prenaient dans les villas romaines, 
rosae alba; dans le fief, le château, 
la légende de la croix réconfortée 
par tant de canaille agenouillée 
pour faire un couplet à la paysanne
et ils jouent dans les bouches, 
ils buvaient la salive de leurs gencives 
comme des oiseaux 
et ces pneumas
sautent de la molaire à la langue 
avec ses trilles, découverte 
du monde, soleil de l'homme. 
Et la langue moderne! 
La figure du langage élevé, 
geste dans l'air la voix fatiguée, 
l’empire de Dieu tombe 
et la langue impériale sombre
sur les côtes de l'Amérique  
et enseigne aux Indiens 
le "miracle" de l'esclavage. 

(L'empire étend ses tentacules, 
c'est une pieuvre qui noie 
tout ce qu'elle touche. 
Des années passent,
des siècles de servitude passent, 
la langue s’affranchit, 
les héros naissent, 
les saints meurent, 
les provinces de l'empire
se confessent le jour
et ils font l'amour la nuit. 
Les Indiens et les Noirs 
donnent au castillan
son flux sensuel 
et doux, son rythme américain. 
La liberté vient et les provinces 
de l'empire se battent
dans les champs d'Amérique  
et ils s´arrachent leurs chaînes.)

Travail travail travail! 
Production, les champs sont aveugles, 
mais regardez cette machine 
comment elle respire,
comment elle rugit, 
soufflant de la vapeur,
toute la puissance 
qui ravive son énergie! 
Quel langage 
de technique et de silence, 
quelle merveille que la vie dégage 
de la canine à la molaire, 
les mots portent l'histoire! 
Ces mots ne se suicident pas, 
ils sont fait de sueur et de sang, 
de roues et de lances, 
d'épées et de moulins à vent ; 
ils transportent l'atome invisible 
avec son explosion de vie; 
ces mots ont grandi, 
continuent à grandir, 
ils portent en eux 
l'émotion mesurée
des hommes et les hommes, 
la lumière des objets, des couleurs 
et des objets.
Oh miracle de synthèse 
dans ces ondulations 
douces et transparentes…!  

Une bouffée d'air tiède  
vient du plus profond 
de l'intérieur, les cordes 
des guitares vocales vibrent 
et les mots sortent, formes 
exactes et répétées, contenant 
l'histoire de la vie, l'histoire 
des hommes et des hommes, 
chaque homme, 
chaque fleur, 
chaque rêve, 
chaque blessure.





Un torse classique    


Le piédestal tourne 
et le torse en marbre blanc 
nous envoie
son message de beauté. 
Ce torse tronqué 
c´ est presque l'auteur
de notre amour pour la vie: 
il nous enseigne
à découvrir le soi, 
à lire dans la proportion
l’harmonie
qui est un jeu, 
à comprendre la dynamique
comme une mélodie. 
La matière ne s'arrête jamais
- il nous enseigne – 
l'idée génère
le rêve ou vice versa, 
le sommeil crée de la magie
et rend possible le mythe. 
Le mythe (oh bonheur) rendre l'homme 
à nouveau fils de ses passions, 
avec queue de cochon, 
mordant la tripe de son nombril 
et  suçant l'escargot de sa mère.
Le mythe 
ce n'est pas une fumée
derrière le temps: 
l'histoire parle à l'unisson
avec toutes les voix.
Devant ce torse en marbre blanc 
Je sens que nous avons
tous été faits ensemble 
d’ une  seule fois pour toujours. 
Dans le système
du mouvement éternel. 
La perfection de la  forme
qui chérit le diamant, 
caresse la lumière,
mord la musique. 
Tout cela dans l'histoire, 
moule parfait  des générations. 
L’Homme fait l’homme
que par instinct, 
qui a appris à interpréter
le rêve pour créer le soi 
transsubstantié,
de seconde en seconde,
décrit dans l´ amour, 
cette autre sculpture,
cette autre langue que nous parlons  
et avance comme un fleuve.  
Au début, nous étions un, 
lumière informe
au milieu de l'ombre, 
univoque le son blanc,
l'orbite parfaite.  
Éclats brisés du même aérolite, 
l'homme et la femme
se sont blottis ensemble,  
l'ovule tourne 
et en un instant
l'identité dissoute 
rêvé d'une nouvelle identité,  
le jeu sensuel et crépitant du langage, 
la proportion entre les parties,
la beauté, 
la pensée abstraite.





Le théâtre de la folie 


Sur les cônes célestes
une lumière sans musique vacille, 
les volumes projettent
des ombres bleuâtres, 
plusieurs plans inclinés
sont insérés dans les cônes. 
Un homme marche
dans l'un des plans, 
on le voit par derrière,
découpé sur un fond sombre. 
L'encre de la mort grandit 
et l'homme perd, petit à petit,
son contour et sa forme. 
Une femme va le chercher, 
elle voit comment
la tache dévore
progressivement l'homme, 
elle embrasse
ses seins et son ventre, 
elle rit
avec voix et cri entremêlés.

La femme mâche des rasoirs
et ses seins grandissent et grandissent, 
ce sont deux serpents mous inutiles,
il leur pousse des feuilles vertes. 
Elle  pleure et le mascara glisse
de ses paupières et de ses joues. 
La plante grimpante de ses seins
se colle à son corps. 
Je tire le rideau du théâtre imaginaire, 
derrière tout ce spectacle
je soupçonne un grand vide. 
Un manteau de lumière 
s´infiltrant comme l'eau
de corpuscules vibrants qui picotent
couvre la fenêtre de la grande salle; 
maintenant, à l'intérieur de ma maison
et seulement à l'intérieur
le soleil se couche.
Je sors de la maison 
dans la forêt qui l'entoure,
j'entends des bois
taper sur des cordes 
et des échos intemporels
qui connaissent
un cercle sans centre 
qui est la perfection sacrée ;
les rayons de lumière
sont droits et sans nuit,
sans mort.  
Comment je peux m´expliquer
cet homme imaginaire 
qui disparaît
dans une tache d'encre, 
et cette femme fantastique
lentement dévorée par sa passion, 
masque d'argile molle se décolorant,
tandis que le liseron-serpent
de ses seins grandit
dans le théâtre
de la maison de rêve, 
qui est peut-être déjà inhabitable
pour l'Amour, 
pendant que moi, dehors,
dans ce cauchemar de lumière, 
je perds totalement
la notion du temps et de l'espace, 
et jusqu´à mon moi innocent ?




Mon bureau


Mon bureau s'est soudainement épanoui:
bourgeons sur les veines claires
de son corps habité par des papiers
et des souvenirs d'âmes blanches;
murmures d'eau dans ses tiroirs
où mes mains enferment
des répliques de mains;
réveil d´invisibles
consciences oubliées qui jouent
au jeu de l´identité du signe
qui correspond simultanément
à la Parole, au rayon de lumière,
à la mélodie de cinq notes
dans l'œil géométrique,
lié à la perfection du désir
et a la pensée sans récepteur
qui parle avec un geste vide.
Mon bureau navigue
secrètement en arrière
à l'abondance, à la naissance
pleine de souhaits satisfaits
qui défient la folie
(oh, la peur de la folie
comme ça, avec toutes ses lettres,
et à l'eau bleue qui coule
et lave l'âme échouée à l'intérieur,
instinct noir).
Dans le corps de mon bureau
et dans ses tiroirs
il y a aussi des papiers morts
d'enfants que ne sont pas né
et ils attendent pour toujours
dans l´ obscurité,
pensées et eau
et poisson dans l'eau
vagues transformées
en soie de sons
qui parlent la douce langue
du fleuve
qui vient de l'oubli
pour m´ apporter
son miel enchaîné.




Les voix et le silence

        I

Ma voix nourrie
de cris d'animaux noirs
qui  s´échappent
nuit   nuit   nuit
la musique de violon
coupe le son
en bandes bandes bandes
qui tombent sur le côté de la ligne.
Ma voix, comme je disais,
alimentée par des cries
d´animaux noirs
qui grandissent autour d´une forme
et les cris la couvrent de noir
et cette essence gonflée de mort
s'habille avec des mots
qui sont sont sont
dit un clown sur un piédestal
en sortant la langue
enflammée et germée,
instrument de charlatan
pour des messages
dénués de sens
(Je sais que la parole
ne vaut rien
et que je mourrai un jour
en inhalant le parfum
de gouttelettes d'eau
voyageant dans l'air
de saison en saison
avec leur message
de fraîcheur et de printemps;
pendant que l'espace
est plein d'ombres étranges,
et mon rêve révèle des signes,
souhaits, paroles, peur ... en tout ...).

        II

En jeu rapide les voix mêlées 
dessinent dans l'air
un confinement sans murs.
Elles se touchent comme des lèvres.
Dans cet espace étrange,
fenêtre palpitante,
impactent des astérisques,
des fragments d'air écrit.
Les syllabes détachées
se sont brisées en accords.
D'autres voix
créent des merveilles sémantiques,
ou des formes libres
de points et d'espaces.
Le son est vivant. Mais
l'eau de l´origine
bientôt coupe l'écho de la voix;
le rythme est déformé
et le silence rejoint la noyade.

            III

C'est une question de langage
exilé dans sa LETTRE,
désespéré dans sa peur,
un peu d'eau sans reflet,
miroir mort
dans son épaisseur noire
où le Corps glisse
pour ne pas imaginer
les tournures et les secousses
et le rythme sourd et le creux
Hurlement Ouvert.
Quel jour
si le soleil se levait
dans la chambre
et le mur se couchait
à l'horizon,
si le rideau de lettres tombait
fermant les interstices
mécaniques
du discours perturbé! 

            IV

En moi, le langage historique
qui traverse le temps
chevauchant
les signes de son tout,
prévient les noms
avec des adjectifs illusoires
et permet un ordre pronominal
compulsif et stérile.
Mon cœur est prêt
dans l'horloge de l'ombre.
Les jours sont les tropes
de ma subsistance.
Je marche, ombre dans l'ombre,
enfermé dans ce visage haineux
avec son masque de dieu ancien.





L´identité et les miroirs

        I

La dernière fois que je me suis vu,
quand l'âme de la lumière
se développait autour de moi
et à mes pieds glissait
une eau sanglante ;
mon reflet la dernière fois
que je me suis vu
dans un miroir brisé.
Je pouvais cruellement m´éclater
et terminer là
le jeu labyrinthique du temps.
Tout le reste serait cercle,
geste parfait enveloppé de passion.
J'ai été empêché par l'homme que je suis
et ceux que j'étais,
et les hommes qui attendent près de moi
avec un geste nu en face de la mort.
Et aussi l'autre que je ne serai pas, car ...
où vais-je chercher plus tard
la béatitude du non-chant?

            II

L'identité malade se balance
sur le crémaillère du suicide-voie ;
espace, pont, saut ...
La destruction est à l´affut
derrière mes autres visages
qui ont besoin de moi
pour prendre ma place.
Quand je grandis vers le bas
les racines font un effort
 mais elles n´arrivent pas
à me soutenir…

            III

Si nous nous rencontrons
dans le même miroir
et ouvrons la porte et la porte,
en étant toujours nous,
chacun avec la somme,
la somme avec le tout,
nous gagnerions l'eau
qui a grandi sous la terre,
nous nous réveillerions
avec des poussées
de lumière nouvelle
dans nos yeux.
Si nous ouvrons les portes
de l´un et de l´un et de l´un
et nous entrons et entrons
sans perdre une seconde
on trouverait la dissolution
où est l'amour.

IV

Dans le miroir s´est caché
un autre homme
qui me cherche
sur la surface mouillée,
mon identité semi-liquide
laisse les ombres descendre
dans mes veines
et se planquer dans les espaces
où la conscience raisonne faussement
les mots détournés de leur cours.
La fleur vivante
de l'inconscient menacé
ressuscite dans le rêve ce qui était
avant d'être un nom,
quand il n'y avait pas de mots,
pas de douleur,
pas de solitude dans le monde,
pas de reconnaissance de la mère,
pas de différence,
et tout était présence sensible,
similitude sans pronoms.
Clartés anciennes,
scintillements isolés,
illuminent maintenant ces moments
qui étaient à jamais scellés
avec tous mes secrets,
et sans lesquels
je ne suis qu'une substance
de la logique,
témoin douloureux
du torrent de l'amour interrompu.





L'abject


Je ne suis pas un animal malade
qui dérange ses désirs fragiles;
dans le plaisir habite l'harmonie perdue;
les miroirs vivent habités…
Dans la surface baignée
n'y a pas d'absence,
je suis là, fragmenté, semi-liquide ...
Mon avenir a été enfermé dans le présent,
je me perds dans l'eau du rêve,
représentation, masques, équivalences, 
chaque vérité est une fausse analogie,
inepte les moyens de la connaissance.
L'horizon accumulé se développe 
ou l'inconscient s´affirme héroïque,
langue royale, lumière et obscurité ...
  
1981


Traduit par Michel Napolitano avec l´auteur


____________________________________________________

Fragmentos hacia la destrucción 
del sujeto poético
La identidad y la locura

                               Alberto Julián Pérez ©




        Las antesalas se confunden con los espejos,
         la máscara está debajo del rostro,
         ya nadie sabe cuál es el hombre verdadero
         y cuáles sus ído­los. Y nada de eso importa;
          ese de­sorden es trivial y aceptable
          como las invenciones del entresueño.

            "Los traductores de las 1001 Noches"

                  Jorge Luis Borges



Prólogo-confesión

Las imágenes de los Sueños
se han cansado de esperarme
en un punto enemigo.
Esta historia de mi Yo
se agota con un vagido irreconocible.
Las tiranías de la Razón quieren imponerse
sobre la Intuición de los De­seos aplazados.
Desterrado de mis Instintos,
la Palabra está blanca y vacía
y siento asco de su pureza.
Pero la fuerza del Amor me arrastra
a esta Comunicación desesperada:
es una Necesidad dulce
como el suave de­lirio de una borrachera
que se avergüenza de sí misma,
porque me hace falta el alcohol o la Locura
para decir mi Verdad.
En esta crisis,
mi moral es la defensa última
ante el Futuro que me llama.
El Tiempo se agota y me afiebra
y veo desdoblados los instantes
en los espejos de la agonía,
donde el Enemigo triunfante
se arranca las Máscaras una a una.
Tengo la certidumbre
de que en el fondo no hay Tema:
el Tema, con el Significado que lo acompaña,
se ha hecho imposible;
esta Confesión es el último refugio
antes de caer anulado por mi Fantasía,
agotado en mi Creación,
como una madre después de dar a luz
y ver que ha parido demonios.
La Lógica me desdibuja
en la trampa de su Verdad:
un hombre no pue­de ser su Identidad
más allá de su Sueño.
Es esa Identidad precisamente
la que nos enferma,
ese cambio obligado de Pronombres
lo que nos duele,
ese Deseo por Descifrar algo,
lo que esos Pronombres quieren Ser
en la Fantasía atormentada
de los que desesperan día a día
sin llegar a ser lo que son,
sin alcanzar ese Futuro
que se detiene en el Presente
los condena a la cámara del Tiempo,
incapaces de hallar una salida,
porque toda esta Cultura se transforma
en un Laberinto laborioso de Palabras
donde lo único que deseamos
es la Muerte.


 El cubo azul
Empujo  con fuerza
el cubo azul de un sueño

Entro en él
me incorporo
aristas sensuales
cristal íntimo

Veo mi re­flejo
estoy distinto
soy lo que quisiera
Rey por un sueño

Se consuma el deseo
Satisfecho
duermo
sueño
sueño de sueño

Pongo la cabeza entre las ro­dillas
duermo en mi elemento
Nado por un agua seca
respiro burbujas de polvo

Voz. No. ¿Gesto? Apenas
Lentitud absorta
Estremecimiento

El cubo empieza a girar
a una velocidad inusita­da

Sueño:
Estoy tomando mi desayuno en una casa
a la vera de un bos­que
En el bosque hay un monstruo
Dicen las mujeres
que van allí para perder su pureza

Mi madre entra en el bosque
- ¿Adónde vas madre?
- ¡Has estado cien años soñando, hijo;
vamos, crece!
- No puedo
- Prisionero de un sueño
- De un sueño, del miedo, del deseo

Yo bebo el café del desayuno
me alimento de muerte con las manos ata­das
caballo preso
En la taza caminan cucarachas
que comen el pan del sueño

Pasa el tiempo, mis cabellos crecen, la piel se aja
soy un vie­jo, el viejo busca la inocencia
y bebe el mismo café amargo una vez y otra

No puedo    No pude    No podré

Mi madre vuelve del bosque
llena de luz, tacto dorado, desnuda,
me sorprende, me reconoce, se avergüenza:
descubre que ha dado a luz
a un hombre que es su padre

Yo muero, el viejo muere,
mi cuerpo/su cuerpo se corrompe
mi madre se abraza a él

los gusanos de mi cuerpo chupan
la vida de los miembros indefensos
impotentes, de mi madre,
que no se separa de mi cadáver

Ella extiende un brazo, lo deja inmóvil
y un tallo nace de su mano

Será difícil beber mi café
si el niño-hombre se despierta

nos tragamos la lengua
y nos ahogamos poco a poco
como la serpiente
que se devora a sí misma

Giran, giran las imágenes en el cubo azul
Alrededor, material de sueño   Luz de viento   
Polvo ventral fertilizado

Despierto
Salgo del cubo del espacio quieto

Soy el otro                   El que soy           El que no quiero
El que busco se ha ido con mi sueño
Soñar mi mismo ser es imposible

¿Quién soy? Apenas Esa
la iden­tidad del viento
que se infla en cualquier corazón dormido

Si no soy, ¿cómo muero?, ¿por qué envejezco?

Cuando el sueño que vive en mí no me ama
me echa de su reino de espuma
y granadas fragantes abiertas
pene­tradas por una astilla de sol
parecida al hielo que me atraviesa
luz por clavos, tan frágil, tan vano, tan fingido
pero…¿cómo puedo acu­sarlo de mí mismo?

Mi destino me alcanza para no llegar
y quedarme a morir aquí, en­tre todos
prisionero de este laberinto, rosa por fruto

¿Cuál será la espada?
¿cuál la sangre de la balanza?
¿para qué mi muerte?

Sombra, bulto, este soy, desdibujado
me cubro avergonzado la cara con mis ma­nos
bebo un beso

¿Me hace falta un Infierno?,
¿un Paraíso?, ¿un Cielo?
Allí está el Cubo Azul

Viaje
Entro en él para cambiar de vida
luego vuelvo
Voy y vengo

Las palabras no llevan pero traen
son limbos de pereza
indican el camino equivocado
construyen un mundo que no es cierto
En él vivimos y estamos engañados

Eterno retorno
                         I
Una mañana desperté y el mundo no era el que había sido,
los pája­ros ya no eran los pájaros, el aire no era más el aire,
¿natural?, ¡quién diría!, ¿mágico?, tampoco.
La magia no adivina la vida que alimenta a las espinas.

Una mañana todo se esta­ba consumiendo
y empezando de nuevo.

La historia fue síntesis y el pasado futuro,
Edipo se ató a su madre para siempre
y los hombres nunca dejarán de amarse a sí mismos.

Escuchamos
el  sonido final del Apocalipsis,
la palabra de todos los lenguajes,
mitad luz, mitad música inimitable,
con ella se enterrará al mundo, a Dios, al significado,
pero sépanlo todos: el mundo nacerá de nuevo.

                           II

La historia nos agobia con sus citas
y está pre­sente en todos nuestros actos:
olvidemos las fechas, el hombre es su pro­ducto.

Apoteótico el hombre y sus signos matemáticos,
sus figuras geomé­tricas,
sus sueños decimales.

Enorme en su maldición este animal fantás­tico,
el hombre,
un sueño común que recorre la historia,
un sueño trans­mitido de generación en generación
como un canto,
como una música,
un himno.


                         III


Difusa memoria colectiva
con la precisión del artesano de diamantes
que engarza los huesos del difunto
con alambres bendecidos y eternos,

¡se ha muerto Dios! pero está vivo,
absoluto el Uno, en el principio era el fin,

y el Hombre, cuerda sola, vibración recorrida
por infinitas al­mas distintas pero una,
pertenecientes a la misma lucha de sonidos
por conquistar el aire
inflamado de luz que avanza hacia la noche.

Entre el principio y el fin ha habido
un sueño de muerte,
guerra, locura, consumación, destino;

la pasión - enseñaban - se repite,
nace y termina siempre,
rebrota con la misma fuerza.
La pasión es la vida.

Un hombre quería con su ejército de signos
contarse lo que había pasado
y los signos crecían y crecían,
el hombre moría sepultado.

Ama­necía en pájaro ligero
capaz de disfrutar la luz, el aire puro,
de en­contrar a Dios, el verbo único,
por simple fe de animal sincero.

Pensa­tivo o fugaz, estaba en medio
la fatalidad del destino escrito:
debía encontrar su piedra de preguntas.
Así lo enseña el mito. El mito es in­finito.

El mito es engendrado por la historia.
Explicados: sistemas me­tafísicos,
parábolas filosóficas.

Sin embargo en el principio era el verbo;
eso fuimos: un signo in­teligente
ante un Universo inútil.

¿Qué le queda a la razón desolada?
el orden de la materia en el instinto,
la pasión de la fiebre,
el sueño que yo tuve
que despertaba de un sueño
y el mundo no era ni había sido ni sería,
nacía allí mismo y era claro:
simplemente un punto que no era un punto
sino el mundo,
la eternidad, la historia, todos los hom­bres;

ese punto era el infinito, el origen del aire,
el de la luz, oxí­geno inflamado,
tiempo viajando cargado de sonidos
como un secreto
para generaciones inhabitables
tal vez por el amor.

La memoria nos ata y nos desata
y la necesitamos como nos necesi­tamos,
hoy es ayer, mañana será hoy
y así un día Dios estará muerto
y yo habré crecido
y seré un hombre entre los hombres
y amar será bueno.

  

     Historia de las palabras


En la boca se mecen, hueso mío, las palabras,  
fonemas bondadosos, los viejos y los míos,
los sonidos uterinos que manejan la clave del sentido
en el signo acartonado que se pierde,
alma verde,
en un mar de le­guleyos y soldados
clamando por su pan ensangrentado,
¡facta est!, est siendo
el mismo ser que habitaba en la hermosura,
sin Dios, pero riendo…

Y después la lengua campesina…
desarrollándose entre bárbaros que igno­ran
el placer de que gozaban las señoras
en las villas romanas, rosae alba;
en el feudo, el castillo,
la leyenda de la cruz consolada
por tan­ta canalla arrodillada
para facer una copla a la serrana…

y jugaban en las bocas,
se bebían como pájaros la saliva de las encías
y saltaban esos pneumas
del molar a la lengua con sus trinos,
descubrimiento del mundo, sol del hombre.

¡Y la lengua moderna!
La figura del lenguaje levantada,
gesto en el aire la voz cansada,
el imperio de Dios se está cayendo
y la lengua imperial
naufraga en las costas de América
 y enseña a los In­dios
el “milagro” de la esclavitud.

(El imperio extiende sus tentáculos,
es un pulpo que ahoga cuanto toca.

Pasan años, pasan siglos de servidumbre,
la lengua se redime,
nacen héroes, mueren santos,

las provincias del imperio se confiesan de día
y hacen el amor por las noches.

Los indios y los negros le dan al castellano
su fluencia sensual y dulce,
su ritmo americano.

Llega la libertad y las provincias del imperio
se baten en los campos de América
 y se arrancan sus cadenas.)

¡Trabajo, trabajo, trabajo! ¡Producción,
están ciegos los campos, pero mira
esa máquina cómo respira, cómo bufa,
vapor bramando,
todo el poder que resucita su energía!
¡Qué lenguaje de técnica y silencio,
qué maravillas desprende la vida
del canino al molar,
llevan historia las palabras!

Estas palabras no se suicidan,
hechas de sudor y sangre,
de ruedas y de lanzas,
de espadas y molinos de viento
transportan el átomo invisible
con su explosión de vida;
estas palabras han crecido,
si­guen creciendo,
llevando en ellas contenidas
la emoción de los hombres
y los hombres,
la luz de los objetos, los colores
y los objetos. ¡Oh mi­lagro de síntesis
en estas suaves ondulaciones transparente…!

Viene de muy adentro
una ráfaga de aire cálido,
vibran las cuerdas de las gui­tarras vocales
y salen las palabras,
formas exactas, repetidas,
conte­niendo la historia de la vida,
la historia de los hombres y los hombres,
cada hombre,
cada flor,
cada sueño,
cada herida.


     Un torso clásico



El pedestal gira y el torso de mármol blanco
nos lanza su mensaje de belleza.
Este torso trunco
es autor de nuestro amor por la vida casi:
nos enseña a descubrir el yo,
a leer en la proporción la armonía que es un juego,
a entender lo dinámico como una melodía.
La materia nunca se detiene - nos enseña –
la idea genera el sueño o viceversa,
el sueño crea la magia y hace posible el mito.
El mito (oh felicidad) vuel­ve al hombre
otra vez hijo de sus pasiones,
con cola de cerdo,
mordien­do la tripa de su ombligo
y chupando el caracol de su madre.
El mito
no es un humo detrás del tiempo:
la historia habla al unísono
con todas las voces.

Frente a este torso de mármol blanco
siento que fuimos hechos todos juntos
de una vez para siempre.
En el sistema del movimiento eterno.
La perfección de la forma
que atesora el diamante,
acaricia la luz, muerde la música.
Todo esto en la historia,
molde perfecto de las generaciones.
Hombre hecho hombre sólo por instinto
que aprendió a interpretar el sue­ño
para crear el yo transubstanciado,
segundo a segundo,
descripto en el amor,
esa otra escultura,
ese otro lenguaje que hablamos
y avanza como un río.

En el principio éramos uno solo,
luz sin forma en medio de la som­bra,
unívoco el sonido blanco, la órbita perfecta.

Astillas quebradas de un mismo aerolito,
el hombre y la mujer se acurrucaron,

giró el óvulo
y en un instante la identidad disuelta
soñó una nueva identidad,

el juego sensual y crepitante del lenguaje,
la proporción entre las partes, la belleza,
el pensamiento abstracto.




         El teatro de la locura
Sobre los conos celestes vacila una luz sin música,
los volúmenes proyectan sombras azuladas,
varios planos inclinados se insertan en los conos.
Un hombre camina por uno de los planos,
está de espaldas, recor­tado sobre un fondo oscuro.
La tinta de la muerte crece
y el hombre pier­de, poco a poco,
su contorno y su forma.
Una mujer va a buscarlo,
ve como la mancha devora
paulatinamente al hombre,
se abraza los senos
y su vientre ríe
con voz y llanto entremezclados.
La mujer mastica navajas
y sus senos crecen y crecen,
son dos serpientes blandas inútiles,
les nacen hojas verdes.
Llora y el rímel resbala
por sus párpados y sus mejillas.
La enredadera de sus pechos
se adhiere a su cuerpo.

Cierro el telón del teatro imaginario,
detrás de todo ese espectá­culo
sospecho un gran vacío.
Un manto de luz
filtrándose como agua
de corpúsculos vibrantes
que hormiguean
cubre la ventana de la gran sala.
Ahora, dentro de mi casa y sólo en ella
se pone el sol.

Salgo de la casa
en el bosque que la rodea escucho maderas
gol­peando contra cuerdas
y ecos atemporales
que conocen un círculo sin cen­tro
que es la perfección sagrada.
Los rayos de luz
son rectos y sin no­che, sin muerte.

¿Cómo explicarse a ese hombre imaginario
que desapare­ce en una mancha de tinta,
y a esa mujer fantástica
devorada lentamen­te por su pasión,
máscara de arcilla blanda decolorándose,
mientras la enredadera-serpiente de sus pechos
crece en el teatro de la casa de sueño,
que es, tal vez, ya inhabitable para el Amor,
mientras yo, aquí afuera,
en esta pe­sadilla de luz,
pierdo totalmente
la conciencia del tiempo y del espa­cio,
y hasta de mi inocente yo?

  

Mi escritorio
Mi escritorio ha florecido de repente:
brotes en las vetas claras de su cuerpo
tripulado por papeles
y recuerdos de almas blancas;
murmu­llos de agua en sus cajones
donde mis manos encierran réplicas de manos;
despertar de invisibles consciencias olvidadas
que juegan al juego de la identidad del signo
que corresponde simultáneamente a la Palabra,
al rayo de luz, a la melodía
de cinco notas en el ojo geométrico,
vincula­do a la perfección del deseo
y al pensamiento sin receptor
que habla y es gesto vacío.

Mi escritorio secretamente navega aguas atrás
a la abundancia,
al nacimiento lleno de deseos satisfechos
que desafían a la locura
(oh, el miedo a la locura así сon-todas-sus-letras,
y al agua azul que baja
y lava el alma encallada adentro,
instinto negro).

En el cuerpo de mi escritorio, y en sus cajones
hay también pape­les muertos
de hijos que no nacieron
y aguardan para siempre en la oscu­ridad,
pensamientos y agua y peces en el agua
olas vueltas seda de sonidos
que hablan la lengua dulce del río
que viene del olvido
a traer­me su miel encadenada.






Las voces y el silencio
              I
Mi voz alimentada de gritos de animales negros que escapan
noche     noche     noche
la música de violín corta el sonido
en tiras   tiras   tiras   
que caen hacia el costado del renglón.
Mi voz decía alimentada de
gritos de animales negros
que crecen alrededor de una forma
y los gritos la arropan de negro
y esa esencia inflada de muerte
se viste con palabras que
son   son   son  dice un payaso
subido a un pedestal,
sacando la lengua inflamada, brotada,
instrumento de char­latán
de mensajes sin significado
(yo sé que la palabra no vale nada
y que me moriré un día aspirando el perfume
de las gotas de agua que via­jan por el aire
de estación en estación
con su mensaje de frescura y pri­mavera;
sin embargo,
el espacio está poblado de sombras extrañas,
y mi sueño pone signos,
deseos, palabras, miedo...en todo...).
             II
En rápido juego las voces enlazadas
dibujan en el aire un encierro sin muros.
Se tocan como labios.
En ese espacio extraño, ventana palpi­tante,
impactan asteriscos, fragmentos de aire escrito.
Las sílabas sueltas se quiebran en rasgueos.
Otras voces crean maravillas semánti­cas,
o formas libres de puntos y de espacios.
El sonido es vivo. Pero el agua del origen
pronto corta el eco de la voz;
se distorsiona el ritmo
y el silencio se incorpora al ahogo.
                        III
Es una cuestión de lenguaje
exiliado en su LETRA,
desesperado en su miedo,
un poco de agua sin reflejo,
espejo muerto en su espesor ne­gro
donde el Cuerpo resbala
para no imaginar los giros y los tumbos
y el ritmo sordo y el hueco
Aullido Abierto.
¡Qué día
si el sol saliera en el cuarto
y se pusiera el muro sobre el horizonte,
si cayera la cortina de las letras
cerrando los intersti­cios mecánicos
del habla desquiciada!
                    IV
En mí, el lenguaje histórico atravesando el tiempo
montado en los signos de su todo,
amonesta los sustantivos
con adjetivos ilusorios
y permite un orden pronominal
compulsivo e infecundo.
Mi corazón está a punto en el reloj de sombra.
Los días son los tropos de mi sustento.
Camino, sombra dentro de la sombra,
encerrado en este rostro odioso
con su máscara de dios antiguo.
  




La identidad y los espejos
                                                     
           I

La última vez que me vi,
cuando crecía a mi alrededor el alma de la luz
y a mis pies resbalaba un agua ensangrentada;
el reflejo de mí la última vez que me vi
en un espejo quebrado.
Podía, cruelmente, hacerme astillas
y terminar allí el juego laberíntico del tiempo.
Todo lo demás sería círculo,
ademán perfecto envuelto en pasión.
Me lo impidieron el hombre que soy
y los que fui,
y los hombres que junto a mí esperan
con ademán desnudo ante la muerte.
Y también el otro que no seré, porque...
¿dónde buscaré después
la beatitud del no-canto?
                II
La identidad enferma
se tambalea en la cremallera
del suicidio-ca­rril;
espacio, puente, salto...
La destrucción acecha
tras los otros rostros que soy yo
y me necesitan para ocupar mi lugar.
Cuando crezco hacia abajo
las raíces hacen fuerza
pero no me sostienen...
                    III
Si acaso nos encontráramos en el mismo espejo

y abriéramos la puer­ta y la puerta,
siendo siempre nosotros,
el uno con la suma, la suma con el todo,
ganaríamos el agua crecida bajo la tierra,
amaneceríamos con brotes
de luz nueva en los ojos.
Si abriéramos las puertas
del uno y del uno y del uno
y entráramos y entráramos
sin perder un segundo
encontra­ríamos la disolución
donde está el amor.
                    IV
En el espejo se ha escondido otro hombre
que me busca en la super­ficie mojada,
mi identidad semilíquida
deja a las sombras bajar por mis venas
y ocultarse en los espacios
donde la conciencia falsamente razona
las palabras desviadas de su cauce.
La flor viva del inconsciente amenazado
resucita en el sueño a ese que era
antes de ser un nombre,
cuando no había palabras,
ni dolor, ni soledad del mundo,
ni reconocimiento de la madre,
ni diferencia,
y todo era presencia sensitiva,
mismidad sin pronombres.
Claridades antiguas, aisladas intermitencias,
iluminan ahora esos momentos
que estaban se­llados para siempre
con todos mis secretos,
y sin los cuales sólo soy substancia de la lógica,
testigo doloroso
del torrente de amor interrum­pido.




              El abyecto
No soy un animal enfermo
desquiciando mis frágiles deseos;
en el placer habita la armonía perdida;
los espejos viven habitados,
en la superficie bañada no hay ausencia,
allí estoy, fragmentado, semilíquido...
Mi futuro se ha encerrado en el presente,
me pierdo en el agua del sueño,
representación, máscaras, equivalencias,
cada verdad es una fal­sa analogía,
ineptos los medios de conocimiento.
Crece el horizonte acumulado
donde se afirma heroico el inconscien­te,
lengua regia, luz y oscuridad...


1981